AccueilManifestations Novembre 2026 – Texte d’appel interne

#NousToutes Manifestations – Novembre 2026 :

Féministes contre les violences de genre, sociales et d’État

Nous, héritièrEs des luttes des sœurs Mirabal, victimes de féminicides le 25 novembre 1960 pour leur opposition à la dictature en République dominicaine, appelons cette année encore à la mobilisation de toute la société civile, partout en France hexagonale et dans les territoires d’Outre-mer, afin de dénoncer les violences de genre, sociales et d’État que subissent toujours et de plus en plus les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes racisées et les enfants.

Nous ne cesserons jamais de nous organiser, de lutter et de résister contre le fascisme, qu’il s’incarne à travers l’usage d’une matraque ou par l’abandon des populations vulnérabilisées, minorisées et marginalisées. Nous continuerons à nous opposer au système patriarcal, capitaliste, impérialiste et colonialiste qui produit, alimente et reproduit sans cesse, violences, inégalités, rapports de domination et d’exploitation.

Faire corps contre toutes les violences

Depuis des décennies, nous assistons à la casse du travail, à la précarisation des personnes, à la destruction des services publics et des protections collectives. Les politiques antisociales ainsi que les discours autoritaires et masculinistes se sont encore accentués ces dernières années. Il n’y a, aujourd’hui, aucune politique publique pour lutter réellement contre les violences de genre, la pédocriminalité et l’inceste.

Chaque année des centaines de femmes sont victimes de féminicides. Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, et l’annonce de la soi-disant grande cause du quinquennat, les chiffres des violences augmentent. Derrière les discours et les effets d’annonce hypocrites, les gouvernements successifs n’ont jamais mis les moyens nécessaires pour les éradiquer : nous dénombrons plus de 1 2001 féminicides depuis 2017 (sans même compter les suicides forcés). Un féminicide ne tue pas seulement une femme : il bouleverse et détruit aussi des vies d’enfants. Elleux-mêmes sont parfois directement victimes de violences ou utiliséEs pour atteindre leur mère. Et parfois iels sont témoins du meurtre de leur mère. Ces enfants doivent survivre au traumatisme, au deuil et à l’abandon institutionnel. Il est inacceptable que leur protection et leur accompagnement soient relégués au second plan.

Dans le même temps, selon la CIIVISE, 160 0002 enfants subissent des violences sexuelles chaque année en France, soit un enfant toutes les trois minutes2. Derrière ce chiffre, des traumatismes, des paroles ignorées et des victimes abandonnées. Face à cette réalité, les déclarations ne suffisent plus : nous exigeons un financement qui permettrait d’amorcer concrètement une véritable politique de prévention, une protection effective des victimes adultes et enfants et, de fait, opérer un changement structurel de la société.

À ces violences s’ajoutent le mépris et l’indifférence de l’État et des institutions censées accompagner les victimes. Les mères protectrices dénoncent la disqualification de leur parole, de celle des enfants, et les décisions judiciaires qui conduisent à maintenir l’enfant auprès du parent violent. Pour les mères racisées, et les mères handicapées, ces mécanismes se cumulent avec des préjugés racistes et validistes sur leur capacité à éduquer leurs enfants.

De la violence d’État à la fascisation des pouvoirs

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large des violences d’État qui amplifient les violences sociales et de genre. Les idées portées depuis longtemps par l’extrême droite se banalisent et sont réinvesties dans la plupart des espaces politiques, en désignant toujours davantage les mêmes corps à contrôler, à surveiller ou à éliminer.

Malgré les stratégies de dédiabolisation et de normalisation, le Rassemblement National est et restera toujours un parti raciste, transphobe, profondément misogyne et classiste. Sans surprise, il a récemment été mis en cause par des enquêtes apportant les preuves de son antisémitisme. En outre, il est aussi coupable du détournement de millions d’euros d’argent public. Dans le même temps, les médias de masse proches de l’extrême droite et de ce gouvernement autoritaire diabolisent la parole de toustes les acteurices de la société qui luttent pour la justice sociale et environnementale ainsi que pour l’autodétermination des corps et des peuples. Dans ce climat nauséabond, les discours islamophobes, négrophobes et antitziganistes se répandent jusqu’à trouver parfois des relais ou des échos dans notre propre camp social.

Le racisme d’État se traduit aussi par des politiques qui stigmatisent et contrôlent certaines populations. Dans les Outre-mer, les conséquences sanitaires du chlordécone, l’accès à l’eau et la vie chère démontrent combien les inégalités sont persistantes. La loi sur la laïcité de 2004 et sur le séparatisme de 2021, l’interdiction du port du voile dans les compétitions sportives amplifient la stigmatisation des personnes musulmanes. Ajouté aux propositions de loi visant les gens du voyage, tout est fait pour attiser la haine à l’encontre de populations désignées comme des menaces.

Cette offensive réactionnaire s’accompagne de discours masculinistes et transphobes, de la remise en cause des droits LGBTQIA+ et de la contestation du programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle à l’école. Les travailleurEUSEs du sexe continuent également de subir la stigmatisation et le déni de leurs droits. Les mouvements abolitionnistes et prohibitionnistes ont tenté d’élargir le proxénétisme aux plateformes de vente de contenus sexuels en ligne, au risque de précariser davantage les personnes concernées, et mettre en danger leurs conditions de travail et leur sécurité déjà mises à mal par la loi de 2016 criminalisant les clients.

Cette logique de contrôle des corps et des vies touche également les personnes handicapées, fragilisées par un accès aux soins de plus en plus difficile et par un manque criant de moyens et d’accompagnement. Elles sont abandonnées par un État validiste qui, au lieu de garantir aux personnes handicapées une vie digne et autonome, les contraint à mourir.

Cet abandon se manifeste également dans les conséquences profondément inégalitaires du dérèglement climatique. La canicule n’impacte pas tout le monde de la même manière : quand certainEs peuvent se mettre au frais, d’autres suffoquent dans des logements insalubres, travaillent sous des températures extrêmes ou dorment dans la rue. Bien loin des rires des plateaux télé, ce sont les populations déjà les plus vulnérabilisées qui subissent de plein fouet cette injustice. C’est d’ailleurs une réalité bien présente pour les femmes, les violences conjugales augmentant de 4,8 %3 à chaque degré supplémentaire.

De l’État de droit à l’État policier

Ces dernières semaines, avec les mobilisations lycéennes et celles contre la vie chère, l’autoritarisme de l’État s’expose sans aucune retenue. Pour toute réponse aux revendications, le gouvernement réplique par des coups de matraque, des tirs de LBD ou de grenades lacrymogènes, par des interdictions de manifester, de s’exprimer sur les réseaux sociaux, par des couvre-feu, par des gardes à vue et des comparutions immédiates disproportionnées. Il crée une loi “casseurs-payeurs”. Il frappe, agresse, gaze, éborgne, mutile.

Le gouvernement envoie contre son propre peuple l’armée, la BRAV-M, le GIGN, les forces Sentinelle, pour nous bâillonner en voulant nous priver de notre droit constitutionnel à manifester. Il est soutenu par les groupuscules d’extrême droite qui lui prêtent main forte dans les manifestations. La communication du gouvernement et de l’extrême droite, relayée par les médias de masse, ramène tout à la dégradation matérielle en tentant de faire oublier qu’ils sont les premiers à avoir dégradé nos conditions de vie. Ils inversent l’origine de la violence et désignent pour coupables des groupes d’opposition, des personnes des quartiers populaires, des personnes racisées, ou des personnes présumées de confession musulmane. Ceci a conduit à l’acte terroriste raciste et islamophobe du 23 octobre dernier à Trappes et à La Verrière, tuant Pengo Bossio Wangi et blessant grièvement d’autres personnes dont une enfant de 12 ans. Pour toute réponse, l’Assemblée nationale n’a même pas proposé une minute de silence à part. Elle a mis à égalité cette mort et celle du néofasciste Quentin Deranque dans une bagarre de rue.

L’amplification de la répression s’inscrit dans un contexte de renforcement des pouvoirs policiers, depuis la loi de 2017 sur l’usage des armes, jusqu’aux propositions visant à instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Un permis de tuer qui aggravera les violences contre les personnes des quartiers populaires et qui visera aussi féministes, syndicalistes, militantEs antiracistes, écologistes, anticolonialistes, anti-impérialistes et anti-guerre. Ceci afin d’étouffer toutes les luttes qui osent remettre le vivant au centre des préoccupations.

L’Etat utilise l’argent du peuple contre lui-même plutôt que pour son bien.

Notre combat est anticolonial et internationaliste

Les violences et les rapports de domination ne s’arrêtent pas aux frontières, nous refusons de hiérarchiser les vies et de séparer les luttes. Les guerres, les occupations, les colonisations, les persécutions et les génocides produisent des violences massives et durables contre les populations qui les subissent. De la Palestine occupée au Congo (RDC), du peuple soudanais au peuple ouïghour, nous refusons de considérer ces violences comme étrangères à nos combats. À travers ses choix politiques, ses ventes d’armes et ses coopérations militaires, la France se rend complice des génocides. Nous dénonçons aussi les priorités budgétaires qui consacrent des moyens toujours plus importants à l’armement avec plusieurs milliards par an, tout en amputant les budgets de l’Éducation nationale, de la santé, des associations qui défendent nos droits, et de l’ensemble des services publics, déjà en manque de moyens pour répondre aux besoins essentiels des populations.

Tout cela au bénéfice de l’armement, de la course à la guerre, des ultra riches, d’un capitalisme néoliberal globalisé.
Tout cela au détriment de nos existences, au détriment des corps autres, au détriment de nos communs, au détriment du vivant.

Pour un plan global d’action féministe

Notre féminisme est anticarcéral. Nous refusons que la lutte contre les violences soit réduite à davantage de contrôle, d’enfermement ou de répression comme dans la proposition de loi dite “intégrale”. Protéger les victimes nécessite des moyens, des logements, des lieux d’accueil, des soins, un accompagnement social et juridique, une véritable prévention, de la formation et des services publics accessibles. La lutte contre les violences sexistes, sexuelles et de genre ne doit jamais servir de prétexte au renforcement de la répression, du racisme, de l’islamophobie ou à la stigmatisation de certaines populations. Nous luttons pour une société inclusive. C’est dans cette perspective que nous travaillons avec plusieurs organisations féministes et alliées à construire un Plan global d’action féministe. Il est élaboré collectivement à partir de nos expériences de terrain, de nos analyses et de nos revendications, en dehors de tout agenda gouvernemental.

L’élection présidentielle approche, nous devons nous mobiliser selon nos moyens dans tous les espaces possibles, et consacrer notre vote à un programme qui porte des mesures féministes intersectionnelles et antiracistes.

Voter ne suffira pas. Les droits ne sont jamais définitivement acquis et les rapports de force continuent de se construire. C’est pourquoi nous devons nous organiser autour de nos revendications, dans nos établissements scolaires et universitaires, nos lieux de travail, nos associations, nos syndicats, nos collectifs, nos villes, nos villages et tous nos espaces de vie.

Lutter contre les violences, ce n’est pas seulement les dénoncer, c’est supprimer les conditions qui les rendent possibles. #NousToutes appelle à rejoindre les espaces de mobilisation et de résistance partout en France hexagonale et dans les territoires d’Outre-mer.

Pour une société féministe inclusive.

Faisons corps. Organisons-nous. Mobilisons-nous. Soyons partout.

Tous les évènements et mobilisations du mois de novembre seront disponibles sur notre site internet noustoutes.org, sur la newsletter ou sur les réseaux sociaux des comités locaux.

Sources

  1. Comprendre les chiffres – #NousToutes ↩
  2. https://www.ciivise.fr/le-bilan-de-mise-en-oeuvre-des-82-recommandations ↩
  3. https://www.carefrance.org/actualites/degres-de-violence-quand-la-chaleur-attise-les-violences-faites-aux-femmes-lalerte-de-care-france/ ↩