#NousToutes publie aujourd’hui les résultats de son enquête #Féminiscope dans Libération, analysant plus de 15 000 réponses collectées via nos réseaux sociaux, newsletter et antennes locales, soit l’un des plus importants échantillons récoltés par une organisation féministe. Les objectifs du #Féminiscope sont de cartographier l’engagement militant, mais aussi d’analyser les visions prévalentes du féminisme dans la société française. Il s’agit également de comprendre les réticences vis-à-vis du militantisme féministe, mais aussi de l’emploi de ce terme.
Bonne nouvelle pour nos luttes, seulement 2 % de nos répondant·es déclarent ne pas être féministes.1 L’écrasante majorité d’entre elleux s’identifient comme féministes (62 %), militant·es (15 %), ou déclarent partager des valeurs féministes sans pour autant s’identifier à ce terme (21 %). Si les sondé·es ne se déclarant pas féministes expriment plusieurs degrés de rejet du féminisme actuel, seul un très faible nombre lutte activement contre le féminisme (0,07 % seulement parlent de leur antiféminisme sur les réseaux sociaux, par exemple).
L’enquête #Féminiscope permet de dégager un profil type des militant·es féministes en France : ce sont en grande majorité des femmes cisgenres, plutôt jeunes et urbaines, ayant des revenus modestes avec un fort niveau d’engagement, la plupart déclarant y dédier plusieurs heures par semaine. Une personne militante sur deux a commencé à militer après avoir elle-même subi des violences ou vu un·e proche en subir :
nous avançons que les violences de genre constituent un facteur déterminant dans le passage de « féministe » à « militant·e ». On remarque un fort impact du mouvement MeToo sur l’engagement (67 % militent depuis moins de cinq ans), mais aussi l’efficacité du discours qui l’a suivi, qui a réussi à toucher un public beaucoup plus mainstream, au-delà des cercles militants. Le militantisme féministe se caractérise également par une vitalité constante, malgré le backlash antiféministe que subissent nos organisations et nos luttes.
De plus, le #Féminiscope révèle une forte adhésion sociale au féminisme en France, même chez nos sondé·es ne s’identifiant pas comme féministes. Par exemple, 95 % des répondant·es indiquent que l’IVG doit être accessible facilement et gratuitement en France, et 86 % que l’EVARS doit être obligatoire à l’école. Pourtant, ces sujets font l’objet d’attaques régulières et sont présentés comme clivants : ainsi, les forces politico-médiatiques conservatrices et d’extrême droite exploitent une panique morale qui est loin d’incarner l’opinion publique majoritaire en France.
Enfin, malgré l’essor d’un féminisme aspirant à faire converger les luttes, la vision majoritaire du féminisme demeure consensuelle et peu politisée : nos sondé·es assimilent d’abord le féminisme à la lutte pour les droits des femmes (57 %) et contre les violences (46 %), soit des termes correspondant à des revendications peu clivantes. Nous attribuons ces résultats à la prépondérance de la vision universaliste du féminisme dans les institutions, ainsi qu’aux attaques répétées via des campagnes de décrédibilisation depuis les plus hautes sphères de l’État envers l’analyse intersectionnelle portée par le féminisme contemporain, notamment par #NousToutes. La conclusion que nous tirons de cette enquête est qu’il nous faut faire œuvre de pédagogie, afin de diffuser très largement un féminisme inclusif, qui fasse converger toutes les luttes contre les systèmes de domination s’entrecroisant avec le sexisme, sur lequel baser un projet de société proposant un futur engageant et enthousiasmant.
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1 Ce chiffre réjouissant n’est bien sûr pas représentatif de la population française. Notre questionnaire a touché en majorité des personnes familières du travail de #NousToutes, puisque nous avons utilisé en premier lieu, nos canaux de diffusion et n’avons pas eu recours à un institut de sondage.